Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles. (Oscar Wilde)
Le Collectif d'Etude, de développement et de Recherche en Ethnomédecine - le CEDRE - fondé en 1984, est une structure de formation professionnelle axée sur l'enseignement de la médecine traditionnelle chinoise dans les pays occidentaux, et sur la transmission fidèle du savoir qui l'accompagne. Un savoir qui nous semble important de protéger et transmettre, car il préfigure une partie de la médecine du 21ème siècle.
L'enseignement du CEDRE repose sur un défi et un paradoxe: celui d'adapter sans la dénaturer une tradition médicale millénaire encore vivante aux besoins urgents d'une société occidentale qui, en matière de santé, a perdu la mémoire de sa propre tradition.
Nous espérons que nous saurons vous convaincre du bien-fondé d'un tel pari.
Nous vous souhaitons bonne lecture, et formulons le voeu que, dans son contenu comme dans son esprit, ce site saura répondre à vos attentes.
Le Directeur des études![]()
Chaque civilisation du monde a sa propre vision de la vie, de la mort et de la maladie. Chacune d’entre elles a, au fil de son histoire, généré un système médical à l’image de cette vision : les médecines traditionnelles chinoise, tibétaine, ayurvédique, africaine, arabe, amérindienne, etc., bien que qualifiées chez nous de « parallèles », traitent actuellement plus des deux tiers de la population mondiale. A l’heure où la planète devient un village global, notre médecine moderne doit s’ouvrir au fait qu’elle est une médecine parmi d’autres, et qu’il existe plusieurs manières d’appréhender le vivant.
L'Organisation Mondiale de la Santé n'a pu négliger l'apport incontournable que constituent ces ethnomédecines dans son programme de santé mondiale, et s’est dotée depuis une vingtaine d’années d'un groupe d'experts en médecines traditionnelles. Même si l’on peut regretter chez nous un manque d’intérêt ethnographique pour la manière dont ces médecines fonctionnent, la reconnaissance de ces savoirs est là : aujourd’hui, 80% des médicaments utilisés dans le monde sont dérivés de plantes médicinales traditionnelles.
Les ethnomédecines reposent sur une sagesse qui a traversé les siècles, et offrent une heureuse alternative à notre conception excessivement technologique et matérialiste de la santé. En Chine, la médecine traditionnelle chinoise cohabite avec la médecine occidentale, et ce système de santé bicéphale offre à la population, pour un coût de santé 40 fois inférieur au nôtre, la même espérance de vie que dans nos pays riches. C’est sans doute là le meilleur mariage qui puisse se faire, et que nous espérons voir un jour célébré chez nous.

Une nouvelle profession de santé, baptisée ethnomédecin, est en train de voir le jour. Elle fait partie de ces nouveaux métiers de l’écologie qui préfigurent l’évolution sociale du 21e siècle. Sa définition est la suivante : « l’ethnomédecin applique dans les régions ou le pays où il exerce, les méthodes thérapeutiques traditionnelles. Il contribue à la pérennisation des savoirs qui, sans lui, ont tendance à disparaître. Son action vise à développer l’autonomie plutôt que l’assistance ».
A propos d’autonomie, on peut se demander si des médecines traditionnelles issues d’autres civilisations sont à même de faire face à nos problèmes de santé d’occidentaux. N’est-il pas de tradition médicale plus proche, mieux adaptée à notre culture ? Il y a bien longtemps, Hippocrate, Galien et Paracelse jetèrent les bases de la médecine traditionnelle européenne, mais l’histoire a voulu que cette vision disparaisse, ramenée au champ exclusif des microscopes de la science expérimentale. Nous y avons perdu au passage nos racines, et c’est par le biais d’autres traditions que nous pouvons aujourd’hui retrouver nos liens avec le Ciel et la Terre. Car cette vision, etc’est ce qui nous sauve, n’est ni chinoise, ni tibétaine, ni arabe, ni africaine, ni indienne : elle est universelle, commune à tous les hommes et toutes les ethnomédecines du monde.
Parmi les différentes ethnomédecines du globe, la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) occupe une place à part. Cette médecine a conservé une remarquable continuité historique depuis la plus lointaine antiquité, qui fait aujourd’hui d’elle l’un des trésors du patrimoine culturel, scientifique et médical de l’humanité. La MTC assure, depuis plus de 2500 ans, les soins de santé primaire du quart de l’humanité.
Elle est en Chine une médecine d’état, disposant au même titre que la médecine moderne de son ministère, de ses universités, de ses hôpitaux et de ses unités de recherche. Elle forme, après la médecine occidentale, le système médical le plus développé au monde. Si son efficacité lui a permis de traverser les siècles, ses possibilités d'application sur le terrain l'ont également amenée à se développer hors de Chine, pour gagner progressivement tous les continents. En France, l’une des branches de cette médecine, l’acupuncture, est pratiquée depuis plusieurs siècles.
Contemporaine de la médecine d’Hippocrate, la MTC est une médecine universelle, naturaliste et humaniste, permettant de comprendre et de traiter les maladies par des moyens simples, naturels, efficaces et non iatrogènes. Elle repose sur des méthodes diagnostiques et thérapeutiques qui lui sont propres, et qui se suffisent à elles-mêmes dans le champ thérapeutique qui est le sien.
Transmise de maître à élève pendant de nombreuses générations, interdite pendant la révolution culturelle (il s’agit à l’origine d’une médecine impériale), puis rétablie et enseignée sous forme universitaire en Chine, la MTC fait aujourd’hui l’objet d’approches différentes. L’ouverture de la Chine à l’Occident et la transplantation de sa médecine traditionnelle dans d’autres pays ont encore accentué ces différences, qui constituent une richesse autant qu’un danger. C’est pourquoi il importe de conserver intactes les racines millénaires de cette médecine, afin qu’elle puisse toujours demeurer une tradition vivante, capable de s’adapter sans se dénaturer.
L'enseignement du CEDRE se fonde sur les textes canoniques de la MTC, éclairés par une tradition orale authentique remontant à quatorze générations de médecins, dont le dernier représentant est Leung Kok Yuen, considéré comme l'un des plus grands maîtres contemporains de médecine traditionnelle chinoise, dont Patrick Shan suit et transmet les enseignements depuis une trentaine d’années.
Le Dr Leung, qui va sur ses 90 ans, a aujourd’hui cessé de pratiquer et d’enseigner. Il vit au Canada, d’où il suit avec bienveillance nos activités. Le Dr Leung est également Président d’Honneur de l’ONG internationale HUMANITRAD, fondée par Patrick Shan en 2004, et qui organise des missions de soins et de formation en MTC auprès des minorités ethniques et des populations défavorisées. www.humanitrad.org
La MTC comprend un large éventail des méthodes thérapeutiques, reflet du caractère multidimensionnel de l’être humain. Celles-ci vont de pratiques issues du chamanisme à la chirurgie, et interagissent entre elles pour former une médecine qui s’adresse à l'être humain dans toute sa complexité et ses interrelations naturelles, et non seulement à ses maladies.
De nos jours, ces méthodes sont regroupées en cinq branches principales :
1. La pharmacopée chinoise :
cette méthode thérapeutique consiste en l’utilisation de substances médicinales issues des trois règnes (végétal, minéral, animal) sous différentes formes (pilules, poudres, décoctions...).

La pharmacopée chinoise est l'une des plus riches du monde. Elle a fait l'objet de milliers d'ouvrages au fil des siècles, et constitue la branche thérapeutique la plus importante du système médical chinois. Issue d'une longue tradition clinique et expérimentale, elle nécessite une formation au diagnostic plus poussée que l'acupuncture, qui est une méthode comparativement plus tolérante. Cette pharmacopée n’a pas la puissance des médicaments modernes, mais elle n’en a pas non plus les dangers. Son but n’est pas de forcer l’organisme ou de lutter à sa place, mais, si elle est bien adaptée, d’en modifier la biologie en douceur.
2. Les traitements externes : cette branche désigne l’ensemble des techniques thérapeutiques applicables depuis la surface du corps.

Les plus connues sont l'acupuncture (qui regroupe elle-même d’autres méthodes, telles la moxibustion, les ventouses, les saignées, les emplâtres, etc.) et le massage, ainsi que les manipulations osseuses ou encore la chirurgie (ces deux dernières méthodes n’étant pas enseignées au sein du CEDRE).Précisons que le terme « manipulations osseuses » (litt. Zheng Gu, redresser les os) désigne la remise en place de luxations, et non une technique de type ostéopathique visant à traiter l’organisme en jouant sur certaines tensions. En médecine chinoise, ce sont l’acupuncture et le massage qui ont cette fonction.
3. La psychothérapie traditionnelle : prenant naturellement en compte le fait que l’être humain n’est pas qu’une mécanique de précision, la MTC intègre le lien entre le corps et l’esprit dans sa compréhension et son traitement des maladies.
Un ouvrage ancien dit que, face à certaines d’entre elles, « lorsque le médecin n’a pas assez d’autorité pour détourner l’esprit du malade, toute la médecine sera impuissante ». Influer sur le comportement émotionnel, modifier le point de vue d’un problème, écrire un « poème » à son patient, lui prescrire une méthode d’auto-hypnose ou encore lui parler de la mort, cela fait couramment partie du traitement en médecine chinoise telle que nous l’enseignons. A partir d'une ethnopsychologie qui lui est propre, la médecine chinoise a développé un ensemble de techniques, appelées "les médicaments du cœur", qui s'avèrent indispensables dans le traitement de nombreuses maladies actuelles. Cette branche médicale essentielle, disparue des enseignements universitaires chinois, fait partie des spécialités transmises dans la famille du Dr Leung, et développée par Patrick Shan depuis vingt ans.
4. Les exercices de santé, ou Qi Gong : le Qi Gong est une sorte de « Yoga chinois », une gymnastique millénaire permettant de modifier le fonctionnement des organes internes et de traiter les maladies.
Classés en différentes catégories selon qu'ils sont mobiles ou statiques, sollicitant l'ensemble du corps, la respiration et la concentration mentale, les exercices chinois sont utilisables aussi bien dans un but préventif que thérapeutique. Il existe également des exercices destinés aux praticiens, leur permettant de ne pas perdre leur énergie en soignant les autres, ou encore de développer leurs capacités thérapeutiques (la pratique assidue du Qi Gong génère chez certaines personnes une forme de magnétisme analogue à celui des guérisseurs de nos campagnes).
5. Les conseils de santé : le plus ancien des traités de médecine chinoise, le Nei Jing, débute par la description de règles élémentaires d’hygiène de vie qui, si nous savions nous y conformer, régleraient par anticipation la grande majorité de nos problèmes de santé, tout en nous assurant une longévité de qualité.
Nos habitudes de vie suivent généralement des schémas collectifs ou des phénomènes de mode bien éloignés de nos besoins physiologiques réels. Quelques conseils de bon sens adaptés individuellement en matière d’alimentation, de sexualité, de rythme de travail et de repos etc., suffisent souvent à rétablir la santé sans autre traitement médical. Pour peu, bien sûr, que les patients les suivent ! Si la MTC attache tant d’importance à la prévention, c’est qu’elle n’oublie pas que les maladies ont un propriétaire, qui doit être informé et conseillé pour pouvoir reprendre lui-même le contrôle et la responsabilité de sa santé.
Comme on le voit, loin de se limiter à la seule acupuncture - ce qu’imaginent encore beaucoup d’occidentaux -, la médecine traditionnelle chinoise dispose d'un très vaste champ thérapeutique, un champ encore étendu par le fait que toutes ces méthodes sont combinables entre elles, et qu’elles reposent sur un même diagnostic.
Faut-il le rappeler, avant de pouvoir expliquer à un patient les raisons de sa maladie et lui trouver le meilleur remède, il faut comprendre son cas. C’est pourquoi le diagnostic est si important : planter une aiguille, donner un conseil ou prescrire une plante est chose moins difficile que de choisir le bon point, le bon mot ou le bon médicament. Les médecines « douces » ne doivent pas leur efficacité à leur puissance, mais à leur adéquation. C’est pourquoi toute formation médicale sérieuse devrait commencer par enseigner l’art de poser un bon diagnostic, avant de se focaliser sur des techniques de soins.
Tronc commun à partir duquel s’articulent les différentes branches thérapeutiques, le diagnostic se pose en MTC au moyen de l’observation, de l’auscultation, de l’interrogatoire et de la palpation du patient. Considérant que l’être humain est un l’appareil parfaitement adapté au diagnostic de la pathologie humaine, cette médecine fait appel aux qualités sensorielles, déductives et cliniciennes du praticien, pratique de plus en plus rare en Occident, à mesure que nous confions à des machines le soin de poser les diagnostics à notre place. Un ethnomédecin est un praticien de première intention, qui tout en posant son diagnostic de manière traditionnelle, est parfaitement capable d’orienter son patient quand il le faut vers des examens biologiques plus poussés.
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